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04.09.2026

Urgence climatique : le choix des mots

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Cet été, les canicules successives ont occupé une place centrale dans l’actualité et la vie des Français. Le changement climatique n’est plus un sujet périphérique, le volet « écologique » d’une politique RSE ou d’un programme électoral. Il s’impose comme un élément central dans notre quotidien, dans les décisions publiques comme dans les stratégies économiques et individuelles.

Et pourtant, plus les questions climatiques occupent l’espace médiatique, moins nous semblons disposer de références communes pour en parler, comme si nous manquions d’une base de compréhension partagée. Alors que le discours climatique devient débat climatique, tout se joue dans le choix des mots. Et ce choix n’est pas toujours heureux.

Ainsi, l’expression de « réchauffement climatique », portée et assumée par le GIEC, s’est imposée dans le langage médiatique, politique puis courant, au détriment du plus parlant « changement climatique », après que les experts ont refusé, au nom de la rigueur scientifique, le encore plus signifiant en langage populaire « dérèglement climatique ». Or, dans le même temps, la récurrence de périodes hivernales de plus en plus froides sur le continent nord-américain a servi et sert toujours d’arguments aux climato-sceptiques, Donald Trump en tête, cf. Associated Press du 23.01.2026 , pour contester l’existence même du réchauffement climatique.

En Europe occidentale, au nord de la Loire, la perspective d’une augmentation de la température de 1,5 ou 2 ° a pu être accueillie positivement, des projets de production de vin en Bretagne et au Royaume-Uni aux promesses de développement du tourisme sur les côtes normandes ou de la mer du Nord, sans parler de celles d’un quotidien plus agréable pour les habitants de ces régions. Ce n’est que récemment que la multiplication des épisodes pluvieux, voire torrentiels, et des inondations dans ces régions est venue tempérer cette illusion.

Face aux canicules successives de 2026, plusieurs climatologues ont de fait confessé une erreur de communication majeure : avoir alerté sur le degré moyen d’élévation prévisible de la température, plutôt que sur les températures et évènements extrêmes à venir. Dire que la température moyenne va progresser de 1,5 degré ne produit pas le même effet que souligner que nous allons avoir à nous habituer à des périodes répétées chaque été à plus de 40°. François Gemenne a ainsi publié dans Les Echos, début juillet, un mea culpa « Oui, nous, chercheurs sur le climat, avons parfois envoyé de mauvais messages ». En se focalisant systématiquement autour d’un objectif simple et apparemment tangible issu des accords de Paris, limiter le réchauffement climatique à 1,5°, la communication politique et institutionnelle, relayée par les médias, n’a pas eu l’effet mobilisateur recherché. Plus que sur les objectifs, il aurait fallu communiquer sur les risques, sans pour autant sombrer dans le catastrophisme. Subtil équilibre, il est vrai…

Face à ce constat, les climatologues, comme Christophe Cassou dans Le Monde ou Jean Jouzel sur France Info, ont donc dû refaire tout au long de l’été la pédagogie des prévisions du GIEC : ses études ont toujours souligné que le changement climatique allait faire se multiplier et s’intensifier les épisodes climatiques extrêmes (températures, pluie et sécheresses, ouragans, canicules marines…).

Une lueur d’espoir cependant : 8 Français sur 10 disent désormais redouter les conséquences du changement climatique France Info, 14.08.2026. La réalité les a frappés de plein fouet : ils n’ont plus besoin d’être convaincus, mais qu’on leur donne de l’espoir sur les solutions.

Le principal défi de communication n’est donc plus de convaincre. Il est désormais de mieux faire comprendre, pour mieux mobiliser sur les comportements à adopter.

Il s’agit de créer les conditions d’une compréhension commune pour créer un espace de recouvrement entre deux conversations parallèles : celle des experts, riche en données mais parfois inaccessible, et celle des politiques, des médias et du grand public, riche en récits mais de plus en plus fragmentée. Cela signifie construire un langage capable de faire coexister rigueur scientifique, complexité économique, débat politique et préoccupations quotidiennes. Autrement dit passer d’une bataille de récits à une véritable culture commune du climat et de ses défis.

Eric Giuily, Président
Valentine Busnel, Directrice de clientèle,
Lili Gosnet, Consultante confirmée

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